Retour sur le confinement, le déconfinement et la réouverture de nos écoles.


Si la réouverture des écoles a posé énormément de questions et de problèmes, c’est bien sûr dû à la conséquence d’une mauvaise gestion de la crise sanitaire, d’une mauvaise communication sur le sujet et surtout par la volonté affirmée d’aller à contre sens de la décision du conseil scientifique et de la pratique de nos pays voisins qui étaient déjà en partie déconfinés. Il a été relativement facile sur simple annonce de fermer l’ensemble des établissements scolaire mais il a été beaucoup plus complexe de les ouvrir à tous les élèves dans la période de transition.

Devait-on rester sur le « volontariat » des parents ? Devait-on imposer l’obligation scolaire pour tous les enfants ou au contraire laisser les écoles fermées jusqu’au mois de septembre ? Quelles seront les conséquences de ces décisions pour les enfants dès la rentrée de septembre 2020 ?

Revenons tout d’abord au début du mois de mars où l’épidémie a déjà pris de l’ampleur sur l’ensemble du territoire français. L’OMS demandait à l’Etat de repérer, tester, et isoler l’ensemble des malades afin de briser les chaines de contaminations. Notre gouvernement n’avait en aucun prévu ce qui allait arriver, nous n’avions pas de tests, pas de masques et nous étions face à des contaminations qui se multipliaient de jour en jour. Nous le savions déjà, la phase d’endiguement de cette épidémie était d’ores et déjà ratée ! L’Etat refusait de voir la situation réelle, il pensait d’ailleurs que notre pays n’allait pas être aussi impacté que les autres…Il comptait gagner du temps et cacher ce manque d’impréparation et le manque de moyen dont souffre notre pays. Au passage, nous ne compterons plus les nombreuses bourdes et les erreurs de communication tout au long de cette crise de la part de la porte-parole du gouvernement. Rappelons-nous : les masques sont inutiles, la fermeture des écoles est impossible, les enseignants ne travaillent pas, Fermer les frontières n’est pas efficace, les virus n’ont pas de passeport … Nous entendons des déclarations à contre sens, stade après stade et c’est alors que Sibeth Ndiaye annonce « l’important c’est d’être prêt pour le stade 3 qui effectivement me paraît inévitable. » Vous l’aurez compris, il est déjà trop tard, le gouvernement aura choisi le confinement par défaut.

Nos hôpitaux étaient déjà surmenés et saturés avec un personnel qui alerte depuis plusieurs années sur la situation catastrophique de l’hôpital en France. Nous le savons déjà, les services seraient en très grosses difficultés pour faire face l’affluence des malades.

Face à cette crise sanitaire historique, le gouvernement n’a pas d’autre choix que d’annoncer le confinement strict où nous sommes privés temporairement de notre liberté individuelle, où l’économie est à l’arrêt pour ne pas dire mise à terre.  Une économie paralysée et environ 50 000 écoles seront fermées.

Nous pouvons maintenant le dire, le gouvernement a manqué cruellement de clarté tout le long de la durée de notre confinement. En allongeant petit à petit la durée du confinement, l’ensemble des secteurs économiques n’ont pas pu anticiper, se projeter et s’adapter à la situation. Cela à ajouter de la difficulté aux difficultés. Au passage, notons par ailleurs que les entreprises ont été bien plus réactives que l’administration française pour la commande de matériel nécessaire (masque et gel).

A Wattrelos, durant cette période de confinement, en utilisant la seule heure par jour à 1 km du domicile, j’ai pu remarquer que le confinement a été malheureusement peu respecté dans notre ville. Absence de contrôle policier dans les quartiers, rassemblement régulier dans les rues et les espaces verts, accumulation de déchets sur nos voiries. A longueur de journée dans le quartier de Beaulieu se sont des quads, des motos et des rodéos, des conducteurs qui rôdent et zonent toute la journée ! C’est insupportable et c’est inadmissible ! Tout cela est passé sous silence, n’en déplaise à BFM, non le confinement n’a pas été respecté et pire, les incivilités se sont multipliées ! N’oublions pas non plus le deal et le trafic qui s’est bien porté durant toute cette période !

Après ces 8 longues semaines de confinement, le gouvernement a annoncé qu’il était temps de reprendre certaines activités et qu’il était venu le temps pour les enfants de revenir à l’école de manière progressive. Le ministre présente la chose comme urgente : est-ce pour lutter contre le décrochage scolaire, pour aider les élèves en difficultés et pour recréer le lien social entre les enfants et l’enseignant ?  Ou simplement « jouer le rôle d’une garderie » pour que les parents reprennent le travail ? Précisons que cette décision précipitée va à l’encontre de l’avis du conseil scientifique qui préconisait une rentrée au mois de septembre pour nos enfants.

Cette annonce comme toutes les annonces qui montreront là encore, le manque de préparation de notre gouvernement, le manque de clarté dans l’application concrète du déconfinement et la non prise en compte des réalités de terrain. D’ailleurs on aura du mal à comprendre les propos de notre ministre Jean-Michel Blanquer qui nous disait qu’il y avait plus de risques à rester chez soi que d’aller à l’école. Alors pourquoi avoir confiné pendant 2 mois dans ce cas ? Le problème est toujours le même depuis le début, il n’y avait pas assez de masques pour l’ensemble de la population, les capacités de test étaient très limitées et tout le dispositif de traçage des cas contacts était saturé par le nombre de cas déclaré. Le risque est d’autant plus important lorsque ces moyens ne sont pas mis en places de manière performante. Notons qu’à la date du 11 mai, il manquait toujours des masques pour pouvoir assurer les premières étapes du déconfinement.

L’Etat s’est déchargé totalement de la réouverture de nos écoles. Il laissera un protocole inapplicable de quelques 60 consignes dans les mains des maires et des chefs d’établissement. Vous l’avez compris, c’est aux maires et aux chefs d’établissement de décider de la réouverture des écoles et de mettre en place l’application du protocole. Les résultats de cette inertie sont des grandes disparités où des territoires laissent des écoles fermées, d’autres ouvrent partiellement les écoles et d’autres accueillent toutes les classes avec un maximum d’élèves. A noter que certaines écoles n’ont que les élèves « prioritaires », ceux dont les parents travaillent tous les deux. Ainsi, nous avons pu voir des écoles « fonctionner » avec 3 ou 4 élèves… Peut-on accepter ces méthodes et ces principes dans nos écoles républicaines ? Il faut le reconnaître cette désorganisation profonde posera d’énormes problèmes et laissera des séquelles et dès la rentrée de septembre.

Et pendant ce temps, les enseignants n’ont pas compté le temps et l’énergie déployé aux services des enfants et des familles.  Les week-ends, les mercredis, les fériés ont été consacré au suivi : plan de travail, corrections des travaux et réponses individualisées par mail, visio par groupe d’élèves… Non, nous n’avions pas le temps pour aller cueillir des fraises à l’autre bout de la France mais plutôt d’assurer un travail de qualité pour assurer la réussite de tous les élèves. Le 11 mai, il a fallu déménager et nettoyer toutes les classes, délimiter les espaces des couloirs et de la cour pour assurer les règles d’hygiènes et de distanciations sociales pour ensuite tout remettre en place le 21 juin comme si rien ne s’était passé… Nous avons fait bien au-delà de notre métier… pour rien! Sans compter l’organisation complexe entre la gestion des deux groupes d’élèves : travailler en présentiel avec les enfants dont les parents ont souhaité le retour en classe et assurer le travail à distance pour le groupe qui n’est pas en présentiel et inversement. Il fallait aussi assurer la continuité pédagogique pour les élèves qui n’ont pas fait leur retour à l’école, un réel casse-tête !

Lorsque j’observais ce qui se passait dans notre ville, le constat était alarmant ! Des enfants restaient dans les rues en groupe bravant toutes les règles préconisées et même le soir après 22 heures. Ces enfants ne sont pas revenus à l’école pour des raisons de sécurité ou pour prolonger les vacances jusqu’au mois de Septembre ? Est-ce que ces enfants travaillent à la maison et ont-ils encore un suivi ? Le problème vient de la déclaration de notre ministre qui en proposant l’école à la carte sur la base du volontariat a rendu tout ce qui était obligatoire mais qui n’était pas réalisable, devenu finalement facultatif…  Cependant, n’oublions pas les familles qui ont joué le jeu. Peu importe leur décision de renvoyer ou non leurs enfants, nous devons les remercier pour leur collaboration car télétravailler, enseigner et éduquer ses enfants n’a pas été chose facile.

Si nous devons faire le bilan de cette situation, on regrettera la gestion et la communication de l’Education nationale. Les annonces dans la presse, les directives ambigües et tardives la veille pour le lendemain qui ont été à l’origine de tensions entre les différents acteurs. Ce n’est pas normal d’utiliser BFM TV et la radio pour être prévenu de ce qu’il fallait faire pour nos enfants ! Pour réussir le déconfinement, il aurait fallu un vrai protocole créé avec les réalités du terrain. Et oui, il faut connaître le fonctionnement d’un établissement avant de faire des annonces qui pourraient être réalistes! Il aurait fallu bien évidemment travailler avec des enseignants et des directeurs venant de la diversité de tous nos territoires en établissant une progressivité dans le déconfinement et avec une réelle prise en compte des organisations des établissements. Avec une organisation rigoureuse adaptée et une panification concrète, (et non pas du jour pour le lendemain) nous aurions pu accueillir la majorité des élèves dans les meilleures conditions. Les enfants avaient besoin de retrouver un rythme scolaire et de travail. Ils avaient aussi besoin de retrouver leurs camarades, de recréer du lien avec l’enseignant pour participer et progresser au sein de leur groupe. Oui, La place d’un élève est à l’école !

Retenons quand même le positif, Mr Blanquer a estimé le 1er juillet sur RTL que les conditions sanitaires permettront « d’avoir un retour normal en classe », avec des effectifs d’enseignants et d’élèves au complet. Il a néanmoins indiqué que l’Éducation nationale se prépare à d’éventuelles crises qui pourraient survenir dans le courant de l’année scolaire.

Compte tenu d’une dégradation des conditions sanitaires ces dernières semaines et d’une reprise des contaminations sur notre territoire, nous attendons une mobilisation du gouvernement sur ce sujet avec des actes concrets pour appréhender avec sérénité la rentrée prochaine. Affaire à suivre donc… En attendant, bel été et bonnes vacances, tout en respectant les gestes barrières bien sûr !

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